Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 14:45

Histoire d'eau.


J'ai pris naissance dans le soyeux d'un nuage, à quelques centaines de mètres de votre sol. Je suis tombée, accompagnée de mes soeurs, lorsque notre père est devenu trop chargé. La température et les courants d'air nous on alors chassés de son ventre, nous laissant tomber dans le corps d'une nouvelle mère, dont la source se trouvait caché dans la roche, la mousse d'un vallon d'Auvergne.

Je nageais dans son lit, accompagnée de mille autres, me ressemblant traits pour traits. Le soleil revenu nous balayait chaleureusement de toute son ardeur, nous couvrant ainsi du reflet de quelques arbres bordant les hanches de maman.

Je voguait, heureuse quand quelque chose d'étrange se passa : un objet en bois, de forme arrondie et creux, tenu par une araignée de chair, s'empara de moi et de quelques unes de mes soeurs. J'avais l'impression d'être soulevée dans les airs. Deux ou trois soeurs tombaient sur le sol. Je m'accrochait au bois de ce bol pour ne pas chuter à mon tour. Les secousses étaient terribles et nous hurlions comme si tout était perdu, nous allions être avalées par une bouche énorme, ouverte face à nous... Était-ce déjà la fin de ma vie, qui venait à peine de prendre goût à la liberté ? Non !

J'ai glissé. L'aventure continuait sans que je puisse contrôler son court. Ce corps nous accueillait et semblait revivre lorsque nous frôlions les couches de muqueuses dont le rouge se faisait puissant après notre passage. Je tombais alors avec quelques soeurs, qui comme moi ne s'étaient pas accrochées aux parois de cet animal assoiffé. Ma course se termina au fil des battements de coeur et du bombardement de l'estomac. Le noir. Je fus digéré dans un tourbillon qui m'entraîna, m'entraîna, dans un voyage infini au sein d'un organisme inconnu. Je voyageais beaucoup, durant quelques semaines, heureuse de voir la vie battre grâce à ma présence dans chacune des cellules que je visitais.

Je pense avoir eu une chance inouïe, que j'ai reconnu le jour, où enfin, je revu la douce lumière du jour. Des particules s'étaient mêlées à mon corps, et je jailli d'un oeil, un jour de grande tristesse, poussées par des spasmes. J'ai alors roulé sur le visage de cette fille qui m'avait avalée au bord de la rivière. Puis le noir. Je tombais sur une table, où le soleil me brûla en quelques heures. La sensation de m'évaporer dans les airs, je voyage depuis sans corps. J'étais eau, aujourd'hui je suis vague humidité... je rêve du jour où, je retrouverai mes soeurs, dans le moelleux coton de papa. Je suis la vie, éternelle et je voyage sous toutes les formes. Je sais qu'un jour je serai à nouveau larme, et que tout recommencera, à l'infini.

Gabrielle Staelens.

Par Les mots de Gaby - Communauté : bienvenue
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